Qu’importe si le sol est rouge
Sur le manège du jour,
elle tourne jusqu’à la nudité,
jusqu’au malaise,
jusqu’au désir éteint.
Son sexe, refuge incertain,
se dénude feuille à feuille.
Les miroirs tournent de plus en plus vite,
palais des apparences,
tourbillons des tempêtes,
marécages de l’oubli.
Son corps multiplié
ne répond plus à la prière lente
de la main qui l’ausculte.
Elle tourne à en perdre l’or de sa peau,
l’oiseau rare et la terre promise.
Elle tourne sur une valse absente.
Ses mains multiples jouent dans la lumière.
Ses vingt mains de sages-femmes,
de faiseuses d’anges,
de mangeuses d’étoiles et de langues,
déchirent le soupçon d’innocence.
Ses doigts fourchus tissent le temps,
ce mâle objet du désir.
Elle déchire le voile du temple,
les crochets traversent l’attente
pour y pendre nos carcasses de mots.
Son pouvoir coule sous la peau tel un venin.
Le génie de la lampe l’habite.
Elle dévore les espaces,
dénude ses proies jusqu’à l’os.
Son esprit en apesanteur
étrangle les rêves de passage.
Elle crée une nouvelle divinité.
Sa peau plus nue que l’eau,
sa peau d’orage
fait gémir les vagues.
Sa voix chargée d’échos
caresse la cicatrice d’un souvenir.
Le pardon est dans ses mains.

Bercée par la Sambre et la Meuse, Anne-Marie Derèse restera fidèle à la Wallonie et à ses légendes. Elle a eu trois rencontres importantes dans sa vie : Andrée Sodenkamp, en 1977, qui lui ouvre les portes de la poésie et la conseille ; Alain Bosquet qui va beaucoup l’aider et l’encourager en lui ouvrant des maisons d’éditions parisiennes ; Liliane Wouters qui lui ouvre ses anthologies, une rencontre décisive. De nombreux recueils traduits et laurés virent le jour. En 2008, Le Coudrier proposait Qu’importe si le sol est rouge. Elle a reçu de nombreux prix dont le Prix Maurice Gauchez en 1980, le Prix Van Lerberghe en 1984 et le Grand prix de poésie en 2000.