Magritte
En soi la feuille contient déjà l'arbre
la silhouette de l'homme contient sa soirée
En soi le nuage contient l'horizon
et la mémoire est une blessure
sur la tempe d'une statue olympique.
La pomme s'élève sur un cou inexistant
tête végétale
et le titre est toujours nécessaire,
toujours nécessaire.
Tandis que le nuage entre dans notre intimité,
que le monde végétal se mêle à l'animalité,
les habits se mêlent au corps
les fonctions au moyen (l'oiseau avec le ciel)
une pomme écoute indiscrète
et nous, avec nos trois lunes,
nous regardons les pains défiler dans le ciel,
et par la fenêtre, inquiétants,
cinquante de nos moi
nous regardent décomposés
horrible
vendange de mort.
Tandis qu'un oiseau de pierre
vole
dans un ciel peint
de nos visages
adieu soleil,
triste sur l'habit noir.

Carlo Bordini (né à Rome en 1938) a été chercheur en histoire à l'université de Rome « La Sapienza », après une jeunesse marquée par la militance trotskyste. Ses poésies complètes sortiront chez Luca Sossella à la fin 2010. Il est aussi l'auteur d'un roman, Gustavo (Avagliano, Rome, 2006). Son Manuel d’autodestruction, (Genève, Metropolis, 1995) a été traduit en français par le poète suisse Vince Fasciani. Sont parus récemment chez Alidades, deux longs poèmes narratifs, traduits par Olivier Favier, Poussière (2008) et Danger (2010). Son œuvre a fait récemment l'objet de dossiers dans les revues Décharges et Siècle 21, ainsi que d'un long entretien sur la revue Europe. Il a pris part à différents festivals en Europe et en Amérique du Sud.