SAVAGEAU Cheryl (USA)

Rédacteur : mmazy
Date d'insertion : 2012-03-08 15:24:17  -  Date de modification :2012-03-08 15:24:17

 

Cheryl Savageau
 
 
D'origine Française et Abenaki, Cheryl Savageau est actuellement bénéficiaire d'une bourse de la donation nationale pour les arts ainsi que de la fondation des artistes de l'état du Massachusetts. Elle a publié récemment "Mother/Land" [Mère/Terre]. Son travail a été repris dans de nombreuses anthologies et lui a valu le prix Paterson ("Dirty Road Home").  Egalement plasticienne, ses tissages, peintures et assemblages ont été exposés à l'Université du New-Hampshire et au musée Abbe à Bar Harbor dans l'état du Maine. Quelques-uns de ses poèmes peuvent être lus en français sur ce site, traduits par Béatrice Machet.
 
Poèmes
 
Paradis Algonquin

Ce serait difficile de mourir de faim ici. Les rivières et les lacs sont plein de poisson, les côtes prodiguent des coquillages, les forêts regorgent de gibier. Ours, cerf, caribou, élan. Lapins, castors, écureuils, dindes, perdrix, colombes. Les arbres en cette saison croulent sous les glands et les noix. Où que vous vous tourniez, il y a de la nourriture. Les étangs et leurs quenouilles, lys d'eau, roseaux, les champs et les tournesols, l'arachide, et des baies de toutes sortes –fraises, blueberries, framboises rouges et noires, mûres, canneberge, grappes du sumac, podophyllum. Et les grands érables gorgés de sève sucrée. Le missionnaire Pierre Biard se plaignait, "des plantes, des animaux, poisson et coquillages, le tout en abondance procurent aux Algonquins une vie somptueuse, et ce sans travailler". De tels avantages devaient selon lui, se trouver seulement au Paradis.

Etait-il déjà allé pêcher une insaisissable nourriture? Avait-il ramassé les noix, ou les baies, au milieu des épines et des moustiques? Avait-il déjà traqué un cerf dans la neige, dépouillé un lapin, écrasé les baies sèchées pour les mélanger à la viande fumée? Découpé le lard d'un ours, enfoncé les mains dans l'épaisse boue pour en extraire des racines ou des arachides? Creusé pour ramasser les palourdes, cueilli les moules dans l'eau glacé ou sous le soleil cuisant? Tanné les peaux, fabriqué un canoë, dessiné et façonné des raquettes pour toute la famille?

Mon père me disait que le Créateur nous avait donné le plus bel endroit de la planète pour vivre, je ne le conteste pas. Et si le territoire pouvait nous être rendu dans l'état où il était, ce serait le Paradis, bien entendu.

Et n'aimons-nous pas la sensation de la cendre s'échappant inéluctablement de nos mains...

Extrait de "Mother/Land", traduit par Béatrice Machet.

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L'Arbre à Fourmis

Voici l'arbre qui est habité. J'en aime toutes les petites portes, le monde de tunnels dans lequel elles vivent. Je voyage avec elles jusqu'au coeur sombre de l'arbre, je traverse le bois vivant, je goûte les odeurs, j'écoute les pieds minuscules qui l'arpentent imperturbablement. Quand j'introduis une tige d'herbe dans le trou, les fourmis sortent et grimpent sur ce pont pour atteindre ma main. Je pose la tige à côté d'elles, le long de mon bras, et elles sont obligées de grimper pour pouvoir rentrer. Je glisse l'herbe dans un trou de l'arbre pour qu'elles puissent retrouver leur chemin. A l'intérieur quelque part, je sais que se trouve une reine, grosse d'oeufs, qui sent tellement bon que les fourmis ne s'éloignent pas. Je connais cette sensation, la bonne odeur de ma mère, ma Mémère, les odeurs de cuisine de la maison.

Extrait de "Mother/Land", traduit pas Béatrice Machet.


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