Bertrand PERIGNON


Auteur :
Tu sais :
Me raser la tête, comme ça, au couteau
Tu sais :
La noire lame libre qui frôle la peau
Accumulée sous la pliure de mes doigts

Des cheveux tombent
Prenons celui-là
Anobli de sa vie gorgée de laine épaisse
Souvent torpillé par d’autres doigts
Tous différents

On en croise parfois, tu sais
Personnellement, je suis prêt à m’en défaire, même,
Je m’en persuade
Le voilà qui tombe
Il retourne à l’histoire

Nouveau coup de lame
De mes cheveux frigolites s’évade
Une grosse mèche entière
Emporte des archives encombrantes
Tu sais :
« Je suis sûre que ça te fait plaisir de raconter ça. »
Tu sais :
« Alors, qu’est-ce que tu me veux ? »
Tu sais :
« Ne me regarde pas comme ça toi »
Tu sais les hôtels où nous descendions

Tiens, voilà, ça recoupe
Sur chaque pavé où tu passes il ne reste que le pavé
Je nous vois pourtant complets
Avec une moitié de crâne et une moitié de doigts

Enfin ce n’est que  moi
Troué par ta tête appuyée sur mes genoux
Mais remonte
Vas-y remonte
Tu dis savoir me faire plaisir

Le couteau s’ouvre
Tu t’écartes derrière la ligne sûre
La petite ligne je la passe, mamma
Tes jambes comme direction de mon endroit contraire

Si je parvenais à te percevoir
Au travers de mes cheveux caveaux
De mes poils tombes
Alors j’écrirais :

Tu t’empiles sur la tablette d’une cheminée peinte
Un musicien et deux muses chiennes
Entre Stalingrad et Jaurès
Tu as su m’assassiner
Margaret Livingston
Les bras croisés

Ça scie brusque sur le cuir de ma tête
Je prétends le passer ce Bir-Hakeim
Direction Grenelle
Et tu pourras alors t’avancer
Margaret Livingstone
Au-dessus des rails tremblants
Munie de ton couteau en pendule 

On répétera que tu l’as lâché
Mais c’est moi qui me le serai planté
Comme ce goulot au fond de ta gorge
Que je tiens à te rappeler

Alors comme ça
Je monterai les marches et frapperai à ta porte
Ce même couteau enfoncé dans le crâne
Ta main sur ma joue  une dernière fois avant que je ne m’écroule
La gueule contre le bouton-poussoir de ton carillon
Et ça sonnera, ça sonnerait, ça sonne
Ça sonne

Encore à ta porte

A ta porte
Le seul truc planté
C’est ma pauvre pomme
Entre Jaurès et Stalingrad
Sage éternel
Toujours capable
D’adorer
Rester
En son endroit contraire


Bertrand PERIGNON

Commence à naître au marché d'Athus, en octobre 1980, 54 ans après Hubert Juin. Richement diplômé d'une école d'arts plastiques comme toutes les autres, il se plonge ensuite dans la théorie du cinéma. Entre les lettres et les images, il réalise des vidéos, des montages numériques, des toiles écrites et des dessins alphabétiques. Expos super collectives à Bruxelles, Ankara, Pékin et surtout Jamoigne, en Gaume belge initiale. Son indécision réfléchie le pousse tout naturellement à devenir collaborateur pour les éditions Maelström, et à soutenir la RéEvolution Poétique.


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